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dimanche 12 octobre 2008

Nouvelles de Nicolas Gogol

J'entreprends, dans ce billet, un résumé de quatre nouvelles de Nicolas Gogol, extraites des Nouvelles de Pétersbourg (autrement dit, le résumé des Nouvelles de Pétersbourg, hormis La Perspective Nevski, qui suivra peut-être un jour).

Premier résumé, celui du Portrait, particulièrement décousu... Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, il s'agit avant tout d'un aide mémoire.

Le Portrait
Première partie

Tchartkov, un jeune peintre de Pétersbourg, achète un portait dans un magasin de tableau. Ce portrait figure un vieillard drapé dans un costume asiatique, vieillard dont les yeux semblent réels. Rapportant le tableau chez lui, Tchartkov, qui vit pauvrement et se consacre entièrement à son art, apprend qu'on doit venir l'expulser le lendemain. Il se couche cependant, et sa nuit est parsemée de cauchemars : l'homme du portrait le regarde, sort du tableau, et fait tomber des rouleaux de mille ducats. Quand il se réveille, on vient pour l'expulser : il n'a pas d'argent, et s'apprête donc à partir, mais alors un rouleau tombe du portrait, lui donnant de quoi s'acquitter de ses dettes. Que doit-il faire de cet argent ? Il songe d'abord aux années de liberté qu'ils pourraient lui offrir, années durant lesquelles il aurait tout loisir de perfectionner son pinceau, mais l'attrait de la vie fastueuse l'emporte rapidement. Il prend un bel appartement, fait écrire des articles élogieux à son sujet, réalise des portraits à la chaîne pour des gens en vue, et acquiert ainsi aisance et notoriété. Un jour, on lui demande de venir juger un tableau, qui se révèle être un chef d'oeuvre absolu. A sa vue, Tchartkov, qui a bien vieilli, repense à sa jeunesse, à son talent, aux heures qu'ils pouvaient passer à ses études, et il enrage de réaliser qu'il a perdu ses meilleures années. Il tente alors de s'enfermer et de peindre, de montrer ce dont il est capable, mais il n'aboutit à rien. Avait-il jamais eu du talent ? Afin de vérifier, il regarde ses premiers ouvrages, et comprend que oui. Mais alors, son regard tombe sur le portrait, ce portrait qu'il avait oublié durant toutes ces années, et il réalise que c'est lui qui a donné cette tournure désastreuse à sa vie. Une sorte de folie s'empare alors de lui, et il décide d'employer son argent à l'acquisition des plus parfaites oeuvres d'art, afin de les détruire. Possédé par cette passion maladive, il meurt.

Deuxième partie

Lors d'une grande vente aux enchères, deux hommes s'affrontent pour le portrait d'un Asiatique vêtu d'un ample cafetan dont le regard semble plonger dans l'âme de ceux qui l'observent. Mais un troisième homme sort bientôt de l'assistance afin de faire valoir ses droits sur ce tableau. Il débute alors une longue explication, qui commence par l'évocation d'un terrible usurier au teint basané. Agrémentant ses dires de moult exemples, il raconte que chaque personne qui avait recours à ses services voyait sa vie basculer tragiquement. Or, il arriva que cet homme vint un jour voir le père de l'homme qui faisait valoir ses droits sur le tableau pour lui demander de faire son portrait. Le père, qui avait songé à peindre l'esprit des ténèbres, accepta, pensant qu'il correspondrait tout à fait à ce sujet funeste. Mais tandis qu'il le peignait, un grand tumulte l'agitait, au point qu'il dut bientôt s'arrêter. Prenant sur lui, le père achèva le portrait, mais l'usurier le refusa finalement, et le jour-même mourrut. Plongé dans le désarroi, le père sentit sa nature changer, ce qui se matérialisa par l'ambition de remporter un concours auquel participait l'un de ses élèves, afin de lui montrer ce dont il était capable. Le jour du verdict, tout le monde pensait qu'il allait gagner, mais ce ne fut pas le cas, un ecclésiastique remarquant qu'il y avait dans son oeuvre quelque chose de satanique. Plus qu'irrité, le père décida alors de brûler le portrait, mais un ami le convainquit de le lui donner. L'ami, alors changea à son tour de caractère, puis donna le tableau, qui bouleversait le cours de toutes les existences qu'il croisait. Le père ne pouvait supporter d'avoir ainsi peint le diable et entra dans les ordres, observant des règles de vie extrêmement strictes. Enfin, un jour, il lui sembla qu'il était prêt, et réalisa alors un autre tableau, à l'opposé du précédent : dans celui-ci, tout évoquait le divin. Rencontrant peu après son fils, il lui confia alors que le talent obligeait à travailler afin de comprendre chaque mystère de la création, cette création qui l'emportait toujours sur la desctruction. Evoquant alors le portrait de l'usurier, il demanda à son fils, s'il retrouvait le tableau, de le détruire aussitôt. Là se terminent les explications de l'homme lors de la vente aux enchères, mais quand il se retourne en direction du tableau, celui-ci a disparu...

lundi 29 septembre 2008

L'éternel mari (Dostoïevski)

Avertissement : ce billet raconte l'histoire de L'éternel mari, si vous ne voulez pas la connaître ne le lisez pas.

Intrigue

Habitué à briller en société, Alexis Ivanovitch Veltchaninov se détache pourtant du monde au début du roman, à cause de son hypocondrie. Empêtré dans un procès au sujet d'un héritage, il cherche à s'impliquer pour le faire avancer, mais son action semble plus néfaste qu'autre chose.

Il finit par comprendre que tous ses maux proviennent d'un homme qu'il croise fréquemment depuis quelques jours, un homme qui porte un chapeau de crêpe (signe de deuil). Il essaie de lui parler, mais celui-ci s'enfuit. Une nuit, Veltchaninov s'aperçoit que l'homme est en bas de chez lui et rentre dans son immeuble. Quand celui-ci essaie d'ouvrir, Veltchaninov l'attend devant sa porte et le reconnaît : il s'agit de Pavel Pavlovitch Troussotzky, un fonctionnaire qu'il a connu quelques années auparavant dans une petite ville. Troussotzky lui explique que sa femme, Natalia Vassilievna, est morte en début d'année. Pour Veltchaninov, le coup est rude : durant l'année qu'il a passé en compagnie de Troussotzky, il était en effet l'amant de Natalia Vassilievna, dont il était éperdument amoureux et qu'il a quitté uniquement car elle lui disait être enceinte, afin de ne pas éveiller les soupçons de son mari. Las, peu après, elle lui envoyait une lettre lui expliquant qu'elle s'était trompée sur sa grossesse, mais qu'il ne devait pas revenir.

Quand Veltchaninov discute avec Troussoktzy, il lui apparaît que ce dernier a un comportement étrange. Il semble, en même temps, le considérer comme un véritable ami, et être au fait de sa relation avec son épouse. Veltchaninov ne soupçonnait pas qu'il puisse être au courant, car selon lui Troussotzky est "un éternel mari", un homme qui ne vit que pour son épouse, la croit fidèle, et se fait en réalité tromper sans jamais soupçonner quoi que ce soit. Quand il apprend que Troussotzky a découvert que sa femme avait eu un amant pendant des années (après le départ de Veltchaninov) grâce à des lettres découvertes après son décès, il se croit tranquille, n'ayant jamais envoyé de lettre à Natalia Vassilievna.

Se rendant à l'hôtel où loge Troussotzky, Veltchaninov découvre que celui-ci est venu avec sa fille, Lisa, dont il ne tarde pas de comprendre qu'elle est en réalité sa fille. Troussotzky la maltraite, l'effraie, et Veltchaninov comprend qu'il se venge ainsi de lui. Sans que Troussotzky ne lui oppose de résistance, Veltchaninov emmène Lisa chez un couple d'amis ayant beaucoup d'enfants, pensant que le climat sera plus favorable à Lisa. Mais la petite fille tombe malade, elle aimerait voir son père mais il refuse de venir, et elle finit par mourir, ce qui provoque la détresse de Veltchaninov. Errant pendant deux semaines, il s'interroge : avec la perte de Lisa, n'est-il pas passé à côté de ce qui aurait donné un sens à sa vie ? Comment son père pouvait-il la traiter ainsi, alors qu'il paraissait véritablement l'aimer ? Veltchaninov ne cesse de retourner les mêmes idées dans sa tête, au point que la nouvelle de l'arrangement de son procès le laisse sans indifférent.

Un jour qu'il quitte le cimetière où est enterrée Lisa, il tombe sur Troussotzky, qui lui annonce qu'il va se marier. Non sans peine, celui-ci le convainc de venir dans la famille de sa future femme. Veltchaninov comprend rapidement que Troussotzky l'a présenté comme un bon parti pour l'une des nombreuses filles de la maison, et il se fait un plaisir de jouer sa partition d'homme de société, séduisant parents, enfants et invités par sa verve et sa bonne humeur, tout en songeant avec dégoût à ce qu'il fait. Veltchaninov comprend aussi que la jeune promise ne veut pas entendre parler de Troussostzky, qu'elle prend un malin plaisir à faire tourner en bourrique. On retrouve l'éternal mari, inconscient des sentiments qu'on lui porte, et croyant toujours à son amour - à une nuance près cependant : cette fois, il ne veut pas laisser Veltchaninov prendre sa place.

Lorsqu'ils se retrouvent seul, Veltchaninov explique à Troussotzky qu'il l'a provoqué en le menant chez sa supposée future épouse, mais tandis qu'il s'énerve, celle-ci arrive en compagnie de son prétendant, un jeune prétentieux qui explique à Troussotzky qu'il ne faut pas compter sur le mariage. Lorsque les deux amoureux s'en vont, Troussotzky s'énerve à son tour. L'orage gronde, et le foie de Veltchaninov le fait souffrir. Avec Mavra, la bonne, Troussotzky prend soin du malade en lui appliquant des assiettes chaudes sur le ventre afin d'apaiser sa douleur. Bon an mal an, tout le monde s'endort, mais Veltchaninov cauchemarde. Tout à coup, il se réveille, et dans le noir, comme guidé par quelqu'un, il se lève et avance les bras en avant vers l'endroit où Troussotzky devrait dormir. Aussitôt, sa main rencontre un objet, qui la transperce - un rasoir : Troussotzky était là, prêt à le tuer. Bien que beaucoup plus fort que lui, Veltchaninov a toutes les peines à le maîtriser, mais il y parvient enfin. "Les comptes sont réglés." Veltchaninov se sent soudain soulagé, libéré. Il reçoit bientôt une lettre, transmise par Troussotzky : celle, jamais envoyée, dans laquelle Natalia Vassilievna lui révélait qu'elle était bien enceinte, qu'il était le père de l'enfant, mais qu'elle en aimait un autre.

Deux ans plus tard, Veltchaninov a reprit sa vie d'homme du monde, et voyage en train afin de retrouver un ami, et aussi de rencontrer une jeune femme sur laquelle il a des vues. Arrivant dans une gare, il intervient pour défendre une femme, elle aussi à son goût. Elle est avec un jeune homme aviné, et ce n'est pas sans surprise qu'il voit surgir son mari : Troussotzky. Une fois de plus, l'éternel mari est là, inconscient que le jeune homme est l'amant de son épouse, et pétrifié quand elle lui explique qu'elle a invité Veltchaninov à venir chez eux. Troussotzky lui fait promettre qu'il ne viendra pas, mais au moment de la saluer, Troussotzky refuse la main tendue. Rieur l'instant précédent, Veltchaninov bout. Il lui tend sa main gauche, dans laquelle reste la trace de l'agression, et lui dit que si lui lui tend cette main, il pourrait bien la prendre. "Et Lisa ?", lui répond Troussotzky tremblant, puis en larmes. Au même instant, le train doit partir, Troussotzky, qui doit le prendre, trouve la force de courir pour monter dedans, tandis que Veltchaninov demeure sur place, affecté. Il renonce à aller voir une jeune femme qu'il hésitait à rencontrer, n'ayant pas l'humeur à cela - "Mais comme il le regretta plus tard !".

Personnages

Le personnage de Veltchaninov est un jouisseur, que la rencontre de Pavel Pavlovitch ramène vers le sens, mais qui s'en retire vite une fois les comptes réglés. De la même manière, Pavel Pavlovitch ne cherche pas à s'entêter dans le sens, il cherche à reconstruire, et reproduit le même schéma qu'avec Natalia Vassilievna. Cependant, la douleur reste vive, et il suffit d'évoquer Lisa, comme à la fin, pour que l'un et l'autre soient bouleversés.

Lisa, justement, fait penser à Nelly, d'Humiliés et Offensés, voire à Ilioucha des Frères Karamazov, autant de personnages enfantins qui doivent affronter un poids trop lourds pour leurs épaules. Le sentiment partagé d'amour et de haine, réccurrent chez Dostoïevski, est bien matérialisé dans la relation entre Lisa et son père, de même qu'entre celui-ci et Veltchaninov.